14/02/2008

PROSE II voyage en micheline

 

 

La micheline suivait son petit bonhomme de chemin, quand, les yeux dans le vide autour de moi,  je priai le dieu des coups de foudre ferroviaires. Non pour dérailler davantage dans la morfonte des glaces d'une vie polaire comme un ours, mais pour trouver ma parallèle, et les chemins étincelants des traverses qui nous relieraient. J'avais la tête dans les nues, mon imaginaire en hyperventilation déshabillait des elfes improbables.
Soudain, une voix grave et sèche me trompa de ma rêverie: "Ticket SVP". D'un geste mécanique, j'extirpai de mon portefeuilles d'automne un aller simple pour Arlon, ville terne aux fruits secs de la passion , ville monosaisonnière et sans bourgeons de coquelicoquines en perspective .
Le contrôleur me lança: "Vous êtes en première, monsieur. Veuillez changer de compartiment..". Impassible, je m'exécutai pour me retrouver moins peinard au milieu de pochtrons semi-comateux, et de gratte-papelards pouilleux de la gueule par déformation professionnelle. Pour couronner le trou, une voix dans les suraigus me souleva la tonsure en auréole de saint martyr : assise avec des écouteurs aux pavillons, une écervelée en quarantaine imitait tant laid que mal je ne sais quelle greluche des seventies ringardes: Michèle Torr, Mireille Mathieu, Dalida, Sheila, Vartan, Patrick Juvet...allez savoir: elle n'avait pas l'absolution du dieu Pan. A bout de nerfs, je me levai d'un bond, lui secouai les branchies et lui chiantai à tue-tête "Les Petits Boudins" de Gainsbourg, dans l'espoir que de sirène ratée, elle se mue en carpe et la ferme. Mais voilà qu'elle se mit à hurler comme une truie SM sous le fouette-groin, ce qui alerta le chef de gare pourtant aux prises avec une black au mascara musqué. Allait-il me passer un savon, m'infliger une amende verte de colère, ou me virer à coups de pompes au croupion? Je m'attendais à tout, prêt à la contre-attaque. C'est alors que je reconnus mon vieil ami Georges, ancien co-choriste à "Frites en Portée", ou plutôt cocoricoriste égaré, car il était vantard, menteur et français, et moi pas à un pléonasme près. Ce pisse-vinasse aux oreilles et à la verge en vénérables choux-fleurs, se targuait d'avoir redressé Michèle et ses torts, arraché la perruque à Mireille qui n'avait en réalité plus qu'un cheveu sur la tête à Mathieu, lors d'un festival kitsch où, ivre de folie comme toute l'Allemagne envahissant la Pologne, il était monté nu sur scène en singeant un babouin rocker sous ecstasy. Georges, qui vouait aux gémonies les guimièvreries franchouillardes, parvint à calmer l'homosapiensoïde femelle en plongeant un regard pro-metteur dans son décolleté. Je rangeai le colt assassin du mien, pour me retrouver au terminus les nerfs dépelotés, mais seul comme une semaine de six jours, comme un Robinson sans son Vendredi.

 

 

edouard_divers22

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06/02/2008

PROSE I côté jardin

th_Poinsettfleurfr

 

Mon jardin d’enfance, inodore aux nez des copains complets à la fibre merdeuse, savait le parfum secret des fleurs d’amour qu’on dévisage à la légère, qu’on envisage au sabre clair. La pelouse étouffait sa toison verdâtre sous la grisaille de leurs projections pesticides, et des cigales de rêve en contralto s’époumonaient dans les dissonances de mes neiges éternelles. Solitude en poudre que j’éternue aujourd’hui, tel un Atchoum sans sa clique de nains, sur le mouchoir cliquetant du clavier noir. J’y aligne mille et un vergers de fruits défendus, mûrs avatars de ceux cueillis jadis, quand j’avalais des couleuvres, et me lolitaffais des elfes en catimini-jupe, aux strips venimeux. J’y aligne des perce-neige qui, jusqu’au rubis-pistil, s’exfolient le blanc spectral de mes grains de verve abrasive.

Mes proches, qui n’avaient de grand que l’estime d’eux-mêmes, veillaient à l’éveil du rationnel en moi, et louaient ma sage introversion, mes pudeurs mal placées comme des feuilles de vigne au cœur,  fils barbelés en somme, où s’écorchaient parfois mes butineuses de mystère en une ecstatique électricité des sens.

Ils espéraient me voir au chaud dans un moule, mais j’étais croissant de lune, alvéolé olé au fond de moi. Un jour soupe au lait caillé de stress , l'autre souple au lait d'ânesse. Aussi complexe qu’un lacis désolant creusé par des taupes ouvrières myopes mi-folles, aussi complexé qu’un bourgeois dans les formes, et n’osant montrer mon cul aux esprits faisandés du lisier post-pubère, moi qui damoiselais fébrile et chaste à la lisière. 

J’entendais parfois dans mon jardin  résonner l’autre chanson de Brel, avec ses vieux potes âgés qui ne sortent plus, au train-train de chiens de garde ou chats loupés, au dadouronron pendulaire, turlutinage à l'occase,  métrognome à venir de crépuscules enchantés où la raison vacille, de vasistas en ouvertures éclair…avant le dernier soupirail.

J’étais fille et garçon à la fois, étamine et pistil,  jeune et vieillard, mais jamais je ne serais adulte.

Mes échappées belles en arc-en-ciel se plombaient souvent de fiel, car voltefessées par les enseignants, les docteurs de la foi bilieuse, les aide-saignants rectifieurs de tirs , et dont la face de rat dégoûtant me faisait gerber du pissenlit nauséabond, sous formes de pensées caca-boudin. Faux anges gardiens de l’âme qui perturbaient mes fréquences radioactives, mes solitaires bombances aux noyaux de prunes littéraires, ma révolte embryonnaire. 

 Ces esprits pré-ridés, tantôt frappeurs de dogmes à clous, tantôt martelant les trois coups d'un grand-guignolisme sans impros, je les fuis toujours dans mes aristocratères à fumerolles poétiques, ou  les charge en éruptif Don Quichotte, pogne-mots directs et gifles-virgules, quitte à me faire mouliner la canne à pécher le bon…pour de bon.

edouard_divers22

13:07 Écrit par Edouard dans Général | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |

29/01/2008

LIBRE

 
 
karina45

Dans le vent sans para, sa chevelure...

Esquisse en parfums de libre danse;

Le chignon défait, défi d'azur

Aux nues abjectes d'un sans-conscience...

Car c'est là qu'il l'avait dé-portée,

Trophée de chasse à court aux pigeonnes,

Pour son chignon, sa gorge serrés

Comme un cul non profané de nonne...

Elle a pris le chemin de traverse,

Direction la première averse

Pour s'y voir claire, et plus la dernière

Pluie qui fait naître avec des oeillères...

Sa mise à feu? L'objection de méfiance

Ressassée d'un quadrilleur para-

"Comment donc as-tu cette insolence,

Ne pas marcher au pas dans mes pas!"...

Ses "je veux" dégradés, mèches rebelles

Aux yeux du goupilleur de grenade,

Ce para-"chut la ferme et sois belle

Ou je fais rafaler ta façade"

Lui valurent un passage à tabac

D'amour propre au génie plantigrade,

Avant l'envol à la cloche de bois...

Dolly s'enfruit vers d'autres grenades

A la chair d'encre où nul besoin n'est

De prêcher la paix qui va de soi,

Un pays vermeil et sans collets,

Sans paravent pour idole en croix...

De Cocagne c'est sa poésie

Qu'elle envoie, son zeppelin délié

Pour l'amour vrai d'un Winnie en pluie

Tout crevé dans les cieux d'enfance remués...

Sa peluche un peu retrouvée, qui sait,

Au vent neuf d'un matin d'éternité.

 

edouard_divers22

 

amisNuit_122

 

 

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24/01/2008

A TOI L'EX DAME DE NUIT

AUTOMNE PRINTANIER D'UN SCHIZO-FRENE
    
frene_chutefr

 

Mes feuillets d'Eros tombent

En ballet posthume

Vers les catacombes

De ton coeur-enclume...

 

Feuillets merle ou blanc colombe,

Tu balaies leurs promesses

Et fins remords en trombe-

L'oeil où tes larmes paressent...

 

Car en vrai tu n'as cure,

Enflure aux tranchants blâmes,

Des entailles aux nervures

Après tes vagues à lame.

 

Mais des feuillets repoussent,

Printemps d'un autre amour,

Les limites en eau douce

D'un art au libre cours...

 

Mon frêne est frénétique,

Car on y grave en pieds

Le choeur pur et sismique

D'Aurore, vive écorcée...

 

Maître-atoll de chorale,

Elle envoie ses oiseaux

D'encre musicale

Allumer mes rameaux.

 

corail_cc04corail2
photos source inconnue
 

edouard_divers22

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18/01/2008

NIGHTS IN BLACK SATIN

 

 

Mes nuits...

Aux rideaux de rose à tringler,

Au bandonéon solitaire...

Au pinceau d'étoiles, au plafond d'acier,

Au pain qui s'étiole en plats d'air...

Aux elfes ondulant

Mes hémisphères gauches,

Nuits aux fers luisant

De sobre débauche,

Ou de came isolant

Mes sangles d'espoir

Qui fait vivre les vers

En m'en vidant,

En les couchant,

En m'y noyant...

Nuits de satin blafard,

De Black Spirit, et blanc c'est noir,

Atrosphère atrosphère...

Nuits de cinoche,

Suie de si moche,

Et nuits d'aigreurs à trop s'en faire,

De timbale en veilleuse,

Et l'espoir se décroche

Des blondes à goudron

En volutes amoureuses,

Bulles à partitions

-Si sol si las si faux-

Crevées de croches, crevant mes poches,

Et qui éclatent en  petits zéros

Quand le jour approche...

Nuits de secondes en gros

Qui s'accrochent aux hublots

Avec vue sur l'absence

Pour les siècles des cercles

A venir...

Nuits aux cercles bleutés,

-Fumigènes de l'oubli-

Sans gène et sans plaisir,

Nuits d'instantanés

Sitôt clichés jaunis...

Nuits de points sur les

"a","o", "e", "u", "é",

Mais pas sur les "i".

 

edouard_divers22

 

12:54 Écrit par Edouard dans Général | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

12/01/2008

SUR L'AIR DES "PETITS PAPIERS"

Laissons pleurer

Le gratte-papier

Tous ses soucis

Les fleurs aussi...

 

Fleur de trottoir

Ou sans histoires

Fleur de nécrose

Qui pousse en prose...

 

C'est irréel

Gratteur de ciel

ça sent la chute

Gratteur de luth...

 

Laissons vider

Dans un mouchoir

Le gratte-papier

Ses arrosoirs...

 

Parfois gredin

Des parchemins

Fleur de traverse

Il pique et perce...

 

Viol à l'étal

Des majestés

Pour un pétale

Fleur de lycée...

 

Laissons pomper

Si l'air lui manque

Le gratte-papier

Dans sa vieille planque...

 

Ou laissez choir

Messieurs Proprets

Ce poids-plumard

Poil qui grattait...

 

Désinvolture

Qui horripile

Et c'est l'armure

Du coeur-pistil...

 

Laissons perler

De son suaire

Encloaqué

Les mots rosaire

 

edouard_divers22

 

 

papiers

 

17:30 Écrit par Edouard dans Général | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

JALOUSIE A RECULONS

Sans titremc

 

Roulée dans la farine et l'or-

dure à cuir,

Bien roulée pour que bande encore

Un martyr,

 

Je l'avais tirée de la fange

Aux big macs,

Enfer de saumâtres vidanges

Et de crack.

 

C'était du pain bénit fine tranche

Hors-fourneau,

Pain de songe, hymne à tous les anges,

Mon credo.

 

De marie-salope en pervenche

Bleue d'amour,

Je l'émiettai par un dimanche

A rebours.

 

"Et ces ex croustillants, vieux manches,

Vieux croutons?"

Questions poudre au feu d'avalanche:

Ejection.

 

La belle a régné sur ma planche

A plongeon;

Ci-gît l'homme à l'araignée blanche

Au plafond.

 

edouard_divers22

 

 

17:22 Écrit par Edouard dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |