22/02/2008

FOLIES SERIEUSES

azazertyu

 

 

Tournicoter au vieux manège

Et cravacher les chevaux;

Malaxer des boulets de neige,

Entarter papa gâteau...

 

Jouer du trombone à coulisses

A poil et sans partition

Pour mettre grand-mère au supplice

En singeant pépé luron...

 

Fumer comme une locomotive

Avec bon Dieu qui déraille,

Et, dans le tambour à lessive,

Planquer sa doctrine en braille...

 

Balancer dans le vide-ordures

Les messages sans reliefs

De mes compagnes d'aventures

Au pays du plaisir bref...

 

Souffler un chapelet de bulles

En effloraison FUNèbre;

Rayer mes amours funambules

Et galoper comme un zèbre...

 

Prendre un bain d'espiègle jouvence,

Etre à nouveau la cigale

Aux lendemains sans importance,

Et plutôt crever la dalle

 

Que m'asseoir à la triste table

D'insensibles fourmis de fable;

Laisser mon coeur au bac à sable

Et ma raison dans un cartable.

 

edouard_divers22

 

11:29 Écrit par Edouard dans Général | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

14/02/2008

PROSE II voyage en micheline

 

 

La micheline suivait son petit bonhomme de chemin, quand, les yeux dans le vide autour de moi,  je priai le dieu des coups de foudre ferroviaires. Non pour dérailler davantage dans la morfonte des glaces d'une vie polaire comme un ours, mais pour trouver ma parallèle, et les chemins étincelants des traverses qui nous relieraient. J'avais la tête dans les nues, mon imaginaire en hyperventilation déshabillait des elfes improbables.
Soudain, une voix grave et sèche me trompa de ma rêverie: "Ticket SVP". D'un geste mécanique, j'extirpai de mon portefeuilles d'automne un aller simple pour Arlon, ville terne aux fruits secs de la passion , ville monosaisonnière et sans bourgeons de coquelicoquines en perspective .
Le contrôleur me lança: "Vous êtes en première, monsieur. Veuillez changer de compartiment..". Impassible, je m'exécutai pour me retrouver moins peinard au milieu de pochtrons semi-comateux, et de gratte-papelards pouilleux de la gueule par déformation professionnelle. Pour couronner le trou, une voix dans les suraigus me souleva la tonsure en auréole de saint martyr : assise avec des écouteurs aux pavillons, une écervelée en quarantaine imitait tant laid que mal je ne sais quelle greluche des seventies ringardes: Michèle Torr, Mireille Mathieu, Dalida, Sheila, Vartan, Patrick Juvet...allez savoir: elle n'avait pas l'absolution du dieu Pan. A bout de nerfs, je me levai d'un bond, lui secouai les branchies et lui chiantai à tue-tête "Les Petits Boudins" de Gainsbourg, dans l'espoir que de sirène ratée, elle se mue en carpe et la ferme. Mais voilà qu'elle se mit à hurler comme une truie SM sous le fouette-groin, ce qui alerta le chef de gare pourtant aux prises avec une black au mascara musqué. Allait-il me passer un savon, m'infliger une amende verte de colère, ou me virer à coups de pompes au croupion? Je m'attendais à tout, prêt à la contre-attaque. C'est alors que je reconnus mon vieil ami Georges, ancien co-choriste à "Frites en Portée", ou plutôt cocoricoriste égaré, car il était vantard, menteur et français, et moi pas à un pléonasme près. Ce pisse-vinasse aux oreilles et à la verge en vénérables choux-fleurs, se targuait d'avoir redressé Michèle et ses torts, arraché la perruque à Mireille qui n'avait en réalité plus qu'un cheveu sur la tête à Mathieu, lors d'un festival kitsch où, ivre de folie comme toute l'Allemagne envahissant la Pologne, il était monté nu sur scène en singeant un babouin rocker sous ecstasy. Georges, qui vouait aux gémonies les guimièvreries franchouillardes, parvint à calmer l'homosapiensoïde femelle en plongeant un regard pro-metteur dans son décolleté. Je rangeai le colt assassin du mien, pour me retrouver au terminus les nerfs dépelotés, mais seul comme une semaine de six jours, comme un Robinson sans son Vendredi.

 

 

edouard_divers22

15:07 Écrit par Edouard dans Général | Lien permanent | Commentaires (22) |  Facebook |

06/02/2008

PROSE I côté jardin

th_Poinsettfleurfr

 

Mon jardin d’enfance, inodore aux nez des copains complets à la fibre merdeuse, savait le parfum secret des fleurs d’amour qu’on dévisage à la légère, qu’on envisage au sabre clair. La pelouse étouffait sa toison verdâtre sous la grisaille de leurs projections pesticides, et des cigales de rêve en contralto s’époumonaient dans les dissonances de mes neiges éternelles. Solitude en poudre que j’éternue aujourd’hui, tel un Atchoum sans sa clique de nains, sur le mouchoir cliquetant du clavier noir. J’y aligne mille et un vergers de fruits défendus, mûrs avatars de ceux cueillis jadis, quand j’avalais des couleuvres, et me lolitaffais des elfes en catimini-jupe, aux strips venimeux. J’y aligne des perce-neige qui, jusqu’au rubis-pistil, s’exfolient le blanc spectral de mes grains de verve abrasive.

Mes proches, qui n’avaient de grand que l’estime d’eux-mêmes, veillaient à l’éveil du rationnel en moi, et louaient ma sage introversion, mes pudeurs mal placées comme des feuilles de vigne au cœur,  fils barbelés en somme, où s’écorchaient parfois mes butineuses de mystère en une ecstatique électricité des sens.

Ils espéraient me voir au chaud dans un moule, mais j’étais croissant de lune, alvéolé olé au fond de moi. Un jour soupe au lait caillé de stress , l'autre souple au lait d'ânesse. Aussi complexe qu’un lacis désolant creusé par des taupes ouvrières myopes mi-folles, aussi complexé qu’un bourgeois dans les formes, et n’osant montrer mon cul aux esprits faisandés du lisier post-pubère, moi qui damoiselais fébrile et chaste à la lisière. 

J’entendais parfois dans mon jardin  résonner l’autre chanson de Brel, avec ses vieux potes âgés qui ne sortent plus, au train-train de chiens de garde ou chats loupés, au dadouronron pendulaire, turlutinage à l'occase,  métrognome à venir de crépuscules enchantés où la raison vacille, de vasistas en ouvertures éclair…avant le dernier soupirail.

J’étais fille et garçon à la fois, étamine et pistil,  jeune et vieillard, mais jamais je ne serais adulte.

Mes échappées belles en arc-en-ciel se plombaient souvent de fiel, car voltefessées par les enseignants, les docteurs de la foi bilieuse, les aide-saignants rectifieurs de tirs , et dont la face de rat dégoûtant me faisait gerber du pissenlit nauséabond, sous formes de pensées caca-boudin. Faux anges gardiens de l’âme qui perturbaient mes fréquences radioactives, mes solitaires bombances aux noyaux de prunes littéraires, ma révolte embryonnaire. 

 Ces esprits pré-ridés, tantôt frappeurs de dogmes à clous, tantôt martelant les trois coups d'un grand-guignolisme sans impros, je les fuis toujours dans mes aristocratères à fumerolles poétiques, ou  les charge en éruptif Don Quichotte, pogne-mots directs et gifles-virgules, quitte à me faire mouliner la canne à pécher le bon…pour de bon.

edouard_divers22

13:07 Écrit par Edouard dans Général | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |